N’oublie pas que tu vas mourir (1995) / Xavier Beauvois

Benoît (Xavier Beauvois himself), étudiant en histoire de l’art, apprend qu’il est séropositif lors de son incorporation pour le service militaire. Refusant la maladie, il plonge dans l’enfer de la drogue …

Métaphoriquement, Beauvois entraîne son petit bourgeois de héros à la découverte d’un monde qui’il ne voyait pas et qui débute par une très parlante scène de suicide raté dans des toilettes (tel un camé se shootant).

Divisé en trois parties, le film fait enchaîne à la descente aux enfers de son héros, sa rédemption par l’amour et l’art, dans une Italie lumineuse, où se situent les plus belles séquences avant une fin toute aussi déconcertante que son héros.

Beauvois soigne sa mise en scène et s’entoure d’excellents partenaires parmi lesquels Roschdy Zem, Chiara Mastroianni, Emmanuel Salinger, Bulle Ogier ou encore Cédric Kahn et Jean Douchet.

On citera aussi la superbe musique de John Cale qui reprend la construction de film (piano pour la première partie et quatuor à cordes pour l’Italie).

Toujours aussi atypique et singulier, 22 ans après sa première vision.

CAB

Le dernier des injustes (2013) / Claude Lanzmann

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L’incroyable témoignage de Benjamin Murmelstein seul survivant parmi les nombreux présidents des conseils juifs durant la seconde guerre mondiale et à travers lui l’histoire du fameux ghetto « modèle » de Theresienstadt.

Lanzmann poursuit son travail de mémoire avec ce nouveau film composé en partie d’images tournées en 1975 pour  » Shoah  » mais jamais utilisées.

Contrairement à ses précédents documentaires, Lanzmann est ici un personnage de son récit et il se met en scène, lui et sa vieillesse, à la manière d’un Marcel Ophüls. Figure imposante et solennelle de son propre film, il dévore l’écran à chacune de ses apparitions.

Le cœur du film se trouve dans le long et passionnant entretien avec Murmelstein. Sans langue de bois, il livre un témoignage essentiel sur un pan méconnu de l’histoire de la Shoah (notamment toute la partie sur Nisko et Madagascar) et jette une pierre dans la mare de Hannah Arendt et de sa fameuse théorie de la banalité du mal.

Remarquable.

CAB

Hannah Arendt (2012) / Margarethe von Trotta

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Hannah Arendt est engagée par le New Yorker pour suivre le procès Eichmann à Jérusalem. Récit de cet épisode et de la controverse qui s’ensuivit …

La célèbre philosophe est brillamment incarnée par Barbara Sukowa malheureusement le film ressemble beaucoup trop à un petit « Arendt pour les nuls » à cause d’un didactisme trop appuyé.

C’est vraiment dommage car la photo de Champetier est magnifique, la réalisation inspirée et l’interprétation parfaite.

L’utilisation des images d’archives est plutôt intelligente (à travers les écrans de télé qui retransmettaient le procès dans la salle de presse) mais von Trotta ne peut s’empêcher de rentrer dans la salle d’audience réduisant à néant son dispositif.

Le film n’est pas mauvais mais très décevant.

CAB